Régimes de vérité, sciences (sociales) et religion (atelier 5 du programme PSL)

« En vérité, je vous le dis »

Régimes de vérité, sciences (sociales) et religion

 Atelier du programme PSL « Agenda pour une sociologie critique des religions »

 

8 novembre 2018, 14h-18h

ENS – Salle 236 29, rue d’Ulm, 75005 Paris

 

Cet atelier vise à réfléchir aux conditions de production des connaissances scientifiques, à partir d’une analyse des relations entre science et religion et avec une attention plus particulière au cas de la sociologie des religions. L’autonomie du champ scientifique « n’est pas une donnée mais une conquête historique, qui est toujours à recommencer » (Bourdieu, 2001 : 100) et cette autonomie est aujourd’hui contestée par un ensemble de stratégies qui tendent à relativiser la frontière entre croyance et connaissance. Comme le souligne P. Mirowski, qui s’est intéressé aux circonstances structurelles favorisant la « production de l’ignorance », « la confusion est devenue une stratégie politique » (cité par Girel, 2018 : 201) : elle peut en effet servir des intérêts politiques, économiques (le financement de « recherches » par les industries du tabac ou des pesticides) ou religieux (l’Intelligence Design comme « théorie » alternative à la théorie de l’évolution).

Les sciences sociales sont elles-mêmes exposées à ce type de confusion et la sociologie tout particulièrement, dans la mesure où ce qui s’y joue est la possibilité de « dire la vérité, ou pire, définir les conditions dans lesquelles on peut dire la vérité » sur le monde social (Bourdieu, 2001 : 170). On voit bien aussi en quoi la position de la sociologie des religions est plus périlleuse que d’autres, compte tenu de ses origines historiques – étroitement liées aux institutions religieuses – et de ses difficultés persistantes à trouver la « bonne » distance vis-à-vis des objets religieux qu’elle étudie. L’autonomie d’un champ scientifique dépendant pour une large part de l’instauration d’un « droit d’entrée », toute l’ambiguïté intrinsèque de certaines approches sociologiques de la religion (qui s’apparentent de fait à des sciences religieuses) consiste à transmuer une proximité problématique avec l’objet d’étude en fondement épistémologique d’une science véritable : il serait impossible de comprendre l’expérience religieuse sans une forme ou une autre de « familiarité » personnelle avec celle-ci. En écho à ces stratégies, le fait que des acteurs religieux s’approprient régulièrement le registre des sciences sociales – comme dans les discours chrétiens sur « les invariants anthropologiques » déployés pour s’opposer au mariage pour tous – soulignent l’acuité de ces enjeux et l’intérêt, pour ces acteurs religieux, de trouver dans le champ académique des relais prêts à participer (consciemment ou non) à la conversion des convictions religieuses en « vérités » scientifiques.

Références bibliographiques
Bourdieu, P. 2001. Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’agir.
Girel, M. 2018. Mirowski, les « Fake News » et l’agnotologie.
Mirowski, P. 2011. Science-Mart: Privatizing American science, Cambridge (Mass.), Harvard University Press.

PROGRAMME

14h-14h45. Mathias Girel (ENS, CAPHES), Ignorance, démarcation et confusion, une lecture pragmatiste.

14h45-15h15. Discussion

(Pause)

15h 30-16h15. Véronique Altglas (Queen’s University Belfast), Une réforme de la sociologie des religions ? Autour du livre Bringing the Social Back into the Sociology of Religion.

16h15-17h. Claude Dargent (Université Paris 8, CRESPPA), Sociologie, science et religion. À propos du livre Science et religion.

17h-18h. Discussion générale

Discutant : Philippe Gonzalez (Université de Lausanne, ISS-THEMA)

 

RÉSUMÉS DES INTERVENTIONS

Mathias Girel. Ignorance, démarcation et confusion, une lecture pragmatiste

 Dans cet exposé, je m’appuie sur une grille d’analyse proposée dans Science et Territoires de l’ignorance pour étudier deux points, liés entre eux, et qui sont également en rapport avec l’objet de l’atelier : (1) le retour de la question de la démarcation tout d’abord. L’ensemble de la littérature dite agnotologique* repose cette question de manière brûlante car elle laisse apparaître que la différence entre un énoncé qui concourt à la croissance de la connaissance et un autre qui tend à la fragiliser ne peut apparaître au niveau de ce seul énoncé. Pour ne prendre qu’un exemple minimal ici, « il faut plus de recherches » peut jouer ces deux rôles ; je tente de donner donc quelques pistes pour sortir de l’indiscernabilité. (2) Le second point surgit lorsque l’on s’intéresse à la « manipulation de l’information », qui est un aspect (et un aspect seulement) du débat actuel sur l’infox (fake news). Faut-il fonder l’analyse de ce phénomène sur la notion d’intention, et alors le rapprocher de l’ignorance stratégique étudiée par certains sociologues évoqués dans le premier point ? Si l’on s’intéresse seulement aux effets, en laissant de côté la question de l’intention, ces effets sont-ils d’abord épistémiques ou comportementaux ? Créent-ils d’« autres » croyances ou principalement de la confusion, et par là de la démobilisation ?

 

*[science ou connaissance de l’ignorance]

Girel, M. 2017. Science et Territoires de l’ignorance, Versailles : éditions Quae.
European Journal of Pragmatism and American Philosophy. 2009. Dossier “Pragmatism and the Social Articulation of Doubt”
Proctor, R. 1995. Cancer Wars: How Politics shapes what we know and don’t know about Cancer, New York, Basic Books.
Stavo-Debauge J. 2012. Le loup dans la bergerie : Le fondamentalisme chrétien à l’assaut de l’espace public, Genève, Labor et Fides.

Véronique Altglas. Une réforme de la sociologie des religions ? Autour du livre Bringing the Social Back into the Sociology of Religion.

 Cette communication a pour objectif de présenter l’ouvrage Bringing the Social Back into the Sociology of Religion (Brill, 2018) et plus largement de discuter du développement d’une sociologie critique de la religion. Les contributeurs de l’ouvrage explorent la manière dont le fait de « remettre du social dans la sociologie des religions » rend possible une compréhension sociologique plus adéquate de sujets tels que les relations de pouvoir, les émotions, le soi, ou les relations ethniques en terrain religieux. Ils le font en particulier en renouant avec les débats théoriques des sciences sociales, en soulevant des questions épistémologiques et en analysant les conditions d’une véritable réflexivité scientifique en sociologie des religions. Nous ferons l’esquisse d’une sociologie de la sociologie de la religion, et débattrons des faiblesses d’une sociologie qui, trop souvent, a été une sociologie ‘pour’ la religion plutôt que ‘de’ la religion. La question est d’autant plus importante que nous observons un retour d’une sociologie religieuse à proprement parler, dont nous discuterons des nombreuses conséquences épistémologiques.

Véronique Altglas est maitresse de conférences en sociologie à Queen’s University Belfast depuis 2009. Ses travaux concernent la globalisation de la religion, les transformations de la religiosité contemporaine et les réponses apportées à la diversité religieuse, dans une perspective comparative. Elle a mené des recherches sur l’expansion transnationale des mouvements néo-hindous et sur la gestion de la diversité religieuse en France et en Grande Bretagne. Plus récemment, elle a exploré la popularisation de la kabbale en France, Grande Bretagne, au Brésil et en Israël. Ces travaux empiriques s’inscrivent plus largement dans une réflexion concernant les pratiques contemporaines de bricolage et la formation des identités, ainsi que des questions épistémologiques propre à la sociologie des religions.

Ses ouvrages : Le nouvel hindouisme occidental. Paris: Éditions du CNRS, 2005; Religion and Globalization: Critical Concepts in Social Studies. London: Routledge. 2010; Religious Exoticism: The Logics of Bricolage in Contemporary Societies. New York: Oxford University Press, 2014; Bringing the Social Back into the Sociology of Religion. Leiden: Brill, 2018.

Claude Dargent. Sociologie, science et religion

Le livre collectif Science et religion (2017, CNRS Alpha) présente une série d’enquêtes sur les relations empiriques entre les sciences et les institutions religieuses. Il analyse les lignes d’opposition entre science et religion, et les stratégies mises en œuvre par différents acteurs religieux visant à les assumer, les nier ou les subvertir. Il explore également les compromis et les accommodements, informels ou institutionnels, qui se nouent entre convictions religieuses et connaissances scientifiques.

L’observation de ces relations et de leurs « zones grises » invite à un retour réflexif sur l’histoire de la sociologie des religions et la sociologie de la science. Dans la littérature en sciences sociales, celles-ci ne cessent en effet de se croiser depuis un siècle et demi. À plusieurs reprises, ce sont les mêmes auteurs qui ont fait progresser ces deux sociologies spécialisées. Émile Durkheim, avec les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), a voulu poser les bases des deux sous-disciplines, et cela dans le même ouvrage. À la même époque, Max Weber a proposé des analyses qui restent fondamentales que ce soit en sociologie des religions avec les différents textes rassemblés dans les Gesammelte Aufsätze zur Religionsoziologie ainsi que les pages concernant ce thème dans Économie et Société, et en sociologie des sciences avec les Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre. Ce double intérêt se retrouve à nouveau dans les années 1960, avec les écrits de Peter L. Berger et Thomas Luckman.

À partir des contributions du livre et en revenant sur cette histoire disciplinaire, il s’agira d’éclairer à la fois les ambiguïtés d’une sociologie de la science qui refuse de choisir entre « le rationnel de la science avec un grand S et l’irrationnel de la Religion avec un grand R (Latour, 2002) et les difficultés d’une sociologie des religions qui peine à trouver la « bonne distance » avec son objet.

 

Berger P. L. et Luckmann T. 1963. Sociology of Religion and Sociology of Knowledge, Sociology and Social Research, 47 (4) : 417-27.
Dargent C., Fer Y. & Liogier R. 2017. Science et religion, Paris, CNRS Alpha.
Latour B. 2002. Jubiler, ou les tourments de la parole religieuse, Paris, Le Seuil.
Gingras Y., 2013. Sociologie des sciences, Paris, Presses Universitaires de France.
Michel P. 1995. Le retour du religieux : la grande illusion, Projet, 240 : 66-73.
Avon D. et Pelletier D. 2016. Sciences et religions au XXe siècle : introduction, Vingtième Siècle 2016/2 no 130 : 4-15.
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V. Atlglas & M. Wood (dir). Brinking Back the Social into the Sociology od Religion

couvertureL’ouvrage collectif issu d’un colloque organisé à l’Université de Belfast en mai 2014 vient de paraitre. Voici le sommaire et la 4e de couverture.

The contributors to Bringing Back the Social into the Sociology of Religion explore how ‘bringing the social back into the sociology of religion’ makes possible a more adequate sociological understanding of such topics as power, emotions, the self, or ethnic relations in religious life. In particular, they do so by engaging with social theories and addressing issues of epistemology and scientific reflexivity. The chapters of this book cover a range of different religious traditions and regions of the world such as Sufism in Pakistan; the Kabbalah Centre in Europe, Brazil and Israel; African Christian missions in Europe; and Evangelical Christianity in France and Oceania. They are based upon original empirical research, making use of a range of methods – quantitative, ethnographic and documentary.

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séminaire FRAO 2018

Formation à la recherche dans l’aire océanienne

Mercredi de 15 h à 17 h (salle 3, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 7 mars 2018 au 6 juin 2018

Ce séminaire pluridisciplinaire réunit notamment des anthropologues, des linguistes et des historiens pour rendre compte des travaux classiques et plus récents consacrés à l’étude des sociétés du Pacifique. Plusieurs invités interviennent régulièrement dans le séminaire pour en faire un lieu de formation aux enjeux et aux pratiques de la recherche dans cette partie du monde.

7 mars : Introduction générale aux études océanistes et australianistes : peuplement, langues, colonisation et décolonisation, par les organisateurs du séminaire

14 mars : Aurélie Condevaux (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne). L’anthropologie du tourisme dans l’aire océanienne

Résumé L’intérêt pour le tourisme en anthropologie a été beaucoup plus tardif que dans d’autres disciplines (en particulier en géographie, mais aussi en sociologie). Parmi les raisons invoquées pour expliquer cela figurent notamment la méfiance première des anthropologues vis-à-vis d’un phénomène jugé « destructeur » pour les cultures locales et la volonté des anthropologues de maintenir à distance la figure du touriste – à laquelle il sont eux-mêmes communément assimilés (Nash, 1996). Le développement des travaux anthropologiques sur le tourisme en Océanie a connu les mêmes hésitations que sur d’autres continents.. L’objectif de cette communication sera double : examiner d’un côté en quoi les terrains océaniens ont alimenté la réflexion sur cet objet  et de quelle manière les recherches menées dans la région font écho à celles conduites dans d’autres aires. D’un autre côté, il s’agira de comprendre de quelle manière les travaux sur le tourisme contribuent aux réflexions sur d’autres thématiques dans le Pacifique – des rapports de pouvoir aux constructions identitaires, en passant par les différentes formes de l’échange et l’articulation entre marchandise et don par exemple.

21 mars : Hamid Mokkadem professeur-formateur à l’IFMNC (Institut de formation des maîtres de Nouvelle-Calédonie)Présentation de l’ouvrage Yeiwene Yeiwene. Construction et Révolution de Kanaky [Nouvelle-Calédonie]

Résumé À partir de l’étude d’une trajectoire nationale kanak, resituée dans l’histoire du présent, je voudrais expliquer le choix d’un « curieux » objet, la révolution et construction d’une souveraineté nommée « Kanaky ». Revenir sur une séquence d’événements proche (1969-1989) signifie comprendre le devenir souverain dans un archipel d’Océanie sous tutelle de la France. L’analyse recoupe d’autres plus substantielles et essaie de surmonter inquiétudes et tensions politiques contemporaines de l’organisation d’un référendum (transfert de souveraineté, transformation de la citoyenneté en nationalité, statut international dit de « pleine souveraineté »). En définitive, il s’agit de mesurer en quoi la dimension pragmatique des recherches s’avère être nécessaire aujourd’hui en Kanaky-Calédonie.

28 mars : Nicolas Garnier (anthropologue, responsable de l’unité patrimoniale Océanie et Insulinde  du musée du quai Branly) « La production touristique du Sepik ».

Résumé: Le film de Dennis O’Rourke « Cannibal Tour » (1988) étudie les comportements d’un groupe de riches touristes et d’habitants de villages du Sepik à l’occasion d’une croisière où les Européens sont invités à découvrir les descendants de cannibales. Ce film est devenu aujourd’hui le modèle à travers lequel on lit les rapports entre touristes et Mélanésiens. La présentation de Nicolas Garnier, tout en pointant les réelles qualités ethnographiques du film, prend toutefois ses distances. En se focalisant sur les objets produits par les habitants du Sepik à destination des touristes, il met en évidence les enjeux de la production de sculptures et d’objets en fibres par respectivement les hommes et les femmes de la région. Il montre comment cette production constitue une part spécifique mais changeante selon les époques et selon le genre dans l’économie des villages du Sepik.

4 avril : Rupert Stasch (University of Cambridge). « Tourism, Development, and West Papuan Geopolitics: An Indigenous Perspective »

Résumé: Korowai of Indonesian Papua are on the ‘super-periphery’ of Indonesian national society and global market processes. In the 1990s and early 2000s, encounters with international tourists who came to the Korowai area seeking a broadly Cannibal Tours-style experience were for many Korowai the biggest context through which they formed radically new understandings of their position in global ethnic and economic hierarchies. This seminar looks at intersections between ‘tourism’, ‘development’, and structures of ethnic domination, as these are discussed by Korowai, which often differs from how these categories and their intersections are defined and discussed in metropolitan discourse. I emphasize the strong role that traditional Korowai approaches to social inequality have played in these new processes of radical change.

11 avril : Natacha Gagné (Université Laval). Aller aux urnes pour exprimer sa souveraineté : l’exemple néo-zélandais pour penser la décolonisation. [séance annulée]

Résumé: Comment faire pour décoloniser des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou le Canada? Comment faire pour sortir du colonial et changer fondamentalement les relations sociales et politiques dans un contexte où la création du nouvel État souverain n’a pas coïncidé avec le retrait du colonisateur et le départ des colons ? Une des voies à explorer pourrait être une réforme du monde de scrutin. Pour nourrir la réflexion, nous nous pencherons sur le cas néo-zélandais, en particulier sur la situation des Māori et les avancées qu’ils ont réalisées ces dernières années sur la scène nationale par la voie des partis politiques et des urnes.

2 mai : Willem Church (University of Lucerne). Landowner, President, Chairman, Grand Chief? Understanding Emerging Political and Economic Inequalities near a Prospective Copper-Gold Mine in Papua New Guinea.

Resource extraction in Papua New Guinea (PNG) is characterised by a certain legal and social fecundity. Novel socio-political entities and associated positions pop up with alarming regularity—from Incorporated Land Groups and Land Owner Associations to Chairmen and Chief Executive Officers. These entities are empirically and conceptually challenging. They are empirically demanding because they constitute perhaps the dominant form of political and economic inequality around extractive projects; the group(s) that acquire the title of customary landowners gain access to vast sums of wealth and support from the mine. These entities are conceptually challenging because anthropologists have struggled to understand what, exactly, they are. In my presentation, I attempt to build a more rigorous theoretical framework for understanding these entities and the processes that create them through an analysis of landowner politicking around the prospective Wafi-Golpu copper-gold mine in the Morobe Province of PNG. By critiquing recent anthropological applications (e.g. Golub 2014, Welker 2014) of performativity theory (Bulter 1999, Latour 2007) to ethnic groups and corporations, I aim to elucidate the mechanisms that create these entities. In doing so, I hope to provide possible theoretical scaffolding for understandings for how PNG is transforming from a land of big men and paramount chiefs to landowners and CEOs.

9 mai : Alban Bensa (EHESS) Les économies de la coutume

Il s’agira d’évaluer les variations des usages des références au monde kanak dans l’histoire coloniale et dans la politique contemporaine de la Nouvelle-Calédonie. Les reconfigurations rapides à partir de 1800 environ des univers kanak anciens par les militaires, les missionnaires et le pouvoir administratif français n’avaient pour seul but que de faire entrer les premiers occupants de l’archipel calédonien, ou du moins leurs survivants, dans l’économie foncière, pastorale, industrielle et morale de la colonisation. En conséquence, les connaissances livrées sur les Kanak par les Européens ont été marquées d’emblée par ce contexte de destruction au point que l’ethnographie n’a jamais accès à la période pré coloniale. Je voudrais montrer comment les contraintes coloniales et certaines initiatives kanak contemporaines se sont articulées entre elles pour produire un monde kanak nouveau, une reformulation constante de « La coutume ».

16 mai : Manon Capo (EHESS, IRIS). Ethnographier la transmission de savoir généalogique à Bayes (Nouvelle-Calédonie kanak). Réflexions sur l’écriture de l’enquête de terrain.

23 mai : Monique Jeudy-Ballini (CNRS, LAS). Le beau comme opérateur de la croyance chez les Sulka de Nouvelle-Bretagne (Papouasie Nouvelle-Guinée)

Chez les Sulka de Nouvelle-Bretagne (Papouasie Nouvelle-Guinée), la beauté des masques fabriqués à l’occasion des cérémonies d’initiation et de mariage est une condition de leur efficacité rituelle. Obtenue magiquement avec le soutien des ancêtres, la beauté manifeste l’accord cosmologique entre humains et esprits. Explicitée en termes de brillance et d’éclat, elle est spécifiée par son pouvoir d’emprise émotionnelle et sensorielle. Or dans une culture qui considère l’intériorité affective et psychique des êtres comme difficilement pénétrable, une telle émotion tient d’une atteinte à la personne exigeant de tout organisateur d’un rituel qu’il dédommage quiconque exprime son trouble. D’un point de vue muséographique se pose dès lors la question des procédés propres à laisser pressentir aux visiteurs ce que furent et ce que firent de tels objets dans leur cadre d’origine. Mais se pose, en même temps, la légitimité d’une telle entreprise en regard de sociétés où, moins que l’objet, c’est la performance qui fait œuvre ; des sociétés dans lesquelles la permanence culturelle est assurée par la répétition de l’éphémère, bien plus que par la conservation matérielle.

30 mai : Jeremy Lemarié (Universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Paris-Sud 11). Enjeux des performances culturelles indigènes à Hawaï: le cas du he’e nalu et du surf (1778-2018).

Depuis la découverte d’Hawaï par Cook et Clerke en 1778, l’Occident a présenté le he‘e nalu (surf hawaïen), comme un « passe-temps national », et un « sport de rois ». Glisser sur une onde au XIXe siècle a été interprété par les anthropologues et les historiens comme une performance culturelle mondaine dans l’objectif de façonner une partie de l’identité nationale hawaïenne. Mais au XXe siècle, cette coutume est davantage appréhendée comme une activité touristique ou un loisir en vogue, qui donna naissance au surf moderne à partir des années
1960. En s’appuyant sur des archives rédigées en français, en anglais, et en hawaïen, ainsi que de matériaux ethnographiques, cette présentation retrace l’histoire d’une activité physique insulaire, d’un symbole identitaire et d’une activité lucrative. Il conviendra enfin de faire la lumière sur les nombreuses idées reçues et recherches
contradictoires concernant l’état du he‘e nalu et du surf.

6 juin : Véronique Fillol (Université de la Nouvelle-Calédonie). Pratiques plurilingues à Nouméa : où sont les langues de France ? 

La question se pose particulièrement à l’échelle de la ville, lieu par excellence de la pluralité et le théâtre d’une diversité linguistique foisonnante, où s’observent des créations de parlers obéissant à des fonctionnalités diverses. Au regard de la complexité des phénomènes langagiers, comment se rencontrent les diverses langues en présence à Nouméa ? Comment entrent-elles en contact ? Comment les locuteurs les utilisent ? Que disent-ils de ces contacts (métissages) linguistiques ? Quels sont les liens entre les langues dans les créations artistiques ? Les dynamiques sont-elles plus inclusives ? Existe-t-il un « parler multilingue » caractérisant la scène artistique nouméenne ?

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Science et religion (publication)

science-et-religion

Le livre collectif Science et religion, issu de sessions organisées par notre réseau thématique « Sociologie et religions », vient de paraître aux éditions CNRS Alpha. Ci-dessous, le texte de présentation (quatrième de couverture) et la liste des auteurs.

Présentation. La question des relations entre science et religion est un classique de la controverse. Souvent vues comme conflictuelles, ces relations peuvent être envisagées à partir de différents points de vue. Bien des disciplines ont en effet des choses à dire dans ce domaine. Anthropologie, philosophie, histoire, droit seront ainsi convoqués dans les contributions rassemblés dans cet ouvrage.

La sociologie y occupe néanmoins une place privilégiée. De Émile Durkheim et Max Weber jusqu’aux auteurs les plus contemporains, sociologie des religions et sociologie des sciences ne cessent en effet de se croiser. Et les différentes études de cas présentées dans l’ouvrage démontrent qu’on ne peut pas réduire les rapports entre sciences et religions à un combat structurel : si les exemples de conflit sont nombreux, on constate aussi l’existence de « zones grises » où ces deux registres se rencontrent et se mêlent.

Auteurs. Claude Dargent, Laetitia Ogorzelec-Guinchard, Elsa Déléage, Claire Reggio, Ludovic Bertina, Gwendoline Malogne-Fer, Nora Demarchi, Judith Hermann-Mesfen, Nicolas Le Dévédec, Yannick Fer et Raphaël Liogier.

Pour télécharger le sommaire, cliquer ici.

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Atelier « Genre et Religions » Genève

Atelier méthodologique du PDHSR avec la collaboration des Etudes Genre CUSO Université de Genève 29 novembre-1erdécembre 2017
Genre et religions :quelle intégration d’une perspective de genre dans nos recherches en sciences des religions?
Séances publiques 29 novembre (Uni-Bastions, salle B01) 18h15- 20h

Conférence de Florence Rochefort (Chargée de recherche au GSRL (Groupe Sociétés Religions Laïcités EPHE/CNRS), Paris) Laïcités, religions et enjeux de genre

30 novembre,
Salle Colladon, Rue Jean – Daniel – Colladon 2 13h45 -15h45
Présentation du documentaire Virgin Tales (2012) avec la réalisatrice Mirjam von Arx Introduction sur sa démarche d’immersion dans le terrain;
16h-18h

Table ronde autour du documentaire modérée par Nic Ulmi (journaliste) avec la participation de Irene Becci (UNIL); Yasmina Foehr – Janssens (UNIGE); François Gauthier ( UniFr ); Cornelia Hummel , UNIGE; Delphine Gardey (UNIGE); SilviaNaef(UNIGE); Elisabeth Parmentier (UNIGE)

Ateliers pour les doctorant·e·s
30 novembre : Salle Colladon 9h15-10:
Exposé de Florence Rochefort : Genre, mixité et religions
10h-11 : réaction des doctorant·e·s et débat avec l’invitée
11h – 12h30 : 2-3 présentations de 15 minutes des doctorant·e·s sur comment s’intègrent les questions genre dans leur recherche et 15 minutes de discussion après chaque présentation
1er décembre :
Uni-Bastions, salle B107
9h15-10h: Exposé de Florence Pasche Guignard
(chercheuse affiliée à ISSR, UNIL, FTSR, associée au STSLab, UNIL, SSP)
Contextes et contrastes dans l’expérience de recherche : questions méthodologiques et épistémologiques dans la recherche sur le genre, le corps et les religions
10h -10h45 : réaction des doctorant·e·s et débat avec l’invitée
11h-11h45 : Exposé de Gwendoline Malogne-Fer (postdoctorante au GSRL Paris)
Les enjeux méthodologiques de l’étude du genre en Polynésie française : pouvoir et autochtonie dans l’église protestante ma’ohi
11h45-12h30 : réaction des doctorant·e·s et débat avec l’invitée
13h30- 15h, Uni-Bastions, B015 :
Présentations de 15 minutes des doctorant·e·s suivies de 15 minutes de discussion
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Christianismes autochtones. Rituel, conversion, subversion

Société des amis des sciences religieuses

table ronde organisée par Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca

17, rue de la Sorbonne, Escalier E, 1er étage, salle D059 Ecole Pratique des Hautes Etudes

 

Cette table ronde vise à ouvrir une réflexion comparatiste sur le renouveau du christianisme, les pratiques d’évangélisation et la conversion des peuples autochtones en Polynésie (Maohi), en Amérique indienne (Amazonie, Andes) et en Asie du sud-est (Viet Nam). Si l’activité missionnaire (protestante ou catholique) s’est initiée par la traduction et l’interprétation des concepts chrétiens dans les langues autochtones, elle a aussi engendré, avec l’essor des églises chrétiennes, des formes rituelles inédites et de nouveaux dispositifs de croyances, transformant en profondeur l’organisation sociale et politique des peuples évangélisés. Les études classiques consacrées à ces questions mettent l’accent sur les conflits possibles entre cosmologies chrétiennes et indigènes, comme le rappellent les célèbres procès d’extirpation d’idolâtrie en Amérique, ou au contraire sur la continuité des formes de réappropriations indigènes du christianisme.

On s’interrogera aujourd’hui sur les moyens concrets – performances rituelles, innovations linguistiques, pouvoir de subversion des images ou des gestes- ayant permis aux christianismes autochtones de se stabiliser dans le temps et de se propager dans l’espace.

Qui sont au juste ces prédicateurs et traducteurs indigènes? Quelles logiques historiques président à la diffusion de ces nouveaux mouvements religieux et comment coexistent-ils avec des systèmes plus anciens? A quelles stratégies de traduction et à quelles performances rituelles les cultes chrétiens ont- ils donné naissance ? Dans quelle mesure l’exercice d’un pouvoir de subversion dans les traditions autochtones n’est-il pas coextensif à l’entreprise d’évangélisation? Historiens des religions et anthropologues explorent les transformations du christianisme, sa diffusion, et les pratiques subversives ou innovantes accompagnant la conquete des ames en Polynesie, en Amérique indienne et en Asie du sud-est.

Programme

14h00 Un aperçu du protestantisme évangélique vietnamien par l’histoire connectée (Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est. Expériences locales d’une ferveur conquérante, Rennes, P. Bourdeaux et J. Jammes dir., 2016). Pascal Bourdeaux (EPHE)

14h30 Christianisme et culture en Polynésie française : l’église protestante Mā’ohi. Gwendoline Malogne-Fer (GSRL, CNRS)

15h00 Considérations sur les mouvements évangéliques amérindiens au Brésil (Baniwa) et au Pérou (Shipibo). Elise Capredon (Mondes Américains, CRBC)

15h30 Paroles divines, voix des esprits: formes rituelles du christianisme amérindien et enjeux de la traduction (Quechua). Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca (EPHE)

16h00 Discussion : Yannick Fer (CNRS, GSRL), Thomas Brignon (ENS, Lyon 2), Suzana Andrade (Pontificia Universidad Católica del Ecuador).

Avec la participation de Renée Koch-Piettre (EPHE), Jean-Daniel Dubois (EPHE), Ioanna Rapti (EPHE), Maria Grazia Masetti Rouault (EPHE), Jean-Pierre Brach (EPHE), David Dupuis (EHESS), Esteban Arias (EHESS).

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Religion, inégalités et rapports de classe

Le programme PSL Agenda pour une sociologie critique des religions organise le 6 novembre 2017 à Paris un atelier sur le thème Religion, inégalités sociales et rapports de classe.

Ci-joint, le programme complet de cette demi-journée (incluant résumés et références bibliographiques), qui est également consultable sur le site : https://acsrel.hypotheses.org/

Religion, inégalités et rapports de classe

Atelier du programme PSL « Agenda pour une sociologie critique des religions »

6 novembre 2017, 14h-18h

 ENS – Salle R2-02

48, bd. Jourdan, 75014 Paris

En lien avec le colloque de l’association française de sciences sociales des religions (AFSR) de février 2018, qui portera sur « Religion et classes sociales », cet atelier vise à rouvrir la discussion sur l’articulation entre, d’une part, les pratiques ou les appartenances religieuses et, d’autre part, les rapports sociaux de domination et de distinction. La circulation mondiale des croyances et l’accent mis sur les processus contemporains d’individualisation du religieux ont pu laisser croire à un découplage entre expériences religieuses et déterminations sociales. Pour autant, les « bricolages » religieux eux-mêmes restent façonnés par « le poids des dispositions sociales différenciées et du capital culturel inégal des individus consommateurs » (Mary, 2001 : 30, Hervieu-Léger, 2001 : 127). Et, comme le souligne V. Altglas (ci-dessous), « les biens de salut promis par un même mouvement religieux ont différents effets sur les acteurs sociaux, en fonction du capital financier, culturel et social qu’ils possèdent initialement ». Au-delà des dynamiques de dispersion et d’individualisation des pratiques religieuses, on s’interrogera donc sur la manière dont la religion participe à la recomposition des rapports de pouvoir et des déterminations sociales, dans un contexte de mondialisation et de domination de l’économie néo-libérale.

HERVIEU-LÉGER, D., 2001, La religion en miettes ou la question des sectes, Paris, Calmann-Lévy. MARY A., 2001, « En finir avec le bricolage ? », Archives de sciences sociales des religions 116, pp. 27-30.

Programme de l’aprèsmidi 

14h00-14h45 : Anne-Catherine Wagner (Paris I, CESSP), Les usages sociologiques de la notion de classe sociale dans un contexte de mondialisation.

14h45-15h15 : Discussion

15h15-16h00 : Véronique Altglas (Queen’s University, Belfast), Ce que la lumière donne à Daren et Catherine : biens de salut et stratification sociale.

16h00-16h30 : Discussion

(Pause)

16h45-17h30 : Ana Perrin-Heredia (CNRS, CURAPP-ESS), Éthique musulmane et esprit populaire honorable : une rencontre miraculeuse ?

17h30-18h00 : Discussion

Discutante : Céline Béraud (EHESS, CéSOR).

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