J’ai participé à l’ouvrage collectif Sacrées familles, changements familiaux, changements religieux sous la direction de Martine Gross, Séverine Mathieu et Sophie Nizard, qui vient d’être publié aux éditions Eres. Voici un résumé de ma contribution intitulée Pastorat des femmes et reconfigurations conjugales au sein des églises protestantes de Polynésie (Polynésie française et Nouvelle-Zélande) et une présentation générale de l’ouvrage.
Ma contribution. Dans les églises protestantes de Polynésie issues de la London Missionary Society, l’obligation d’être marié pour devenir pasteur a contribué au cours du 19e siècle à l’émergence du couple pastoral, au sein duquel l’épouse du pasteur exerce bénévolement un “ministère dérivé” en paroisse. L’accession des femmes au pastorat met un terme à cette dynamique conjugale ou du moins la complexifie.
A partir de deux exemples – l’église protestante mâ’ohi en Polynésie française et les paroisses polynésiennes de l’église presbytérienne de Nouvelle-Zélande-, cet article analyse les différentes stratégies mises en œuvre par ces femmes pasteures et leur mari pour négocier au mieux intégration paroissiale et stabilité conjugale. L’exercice du pastorat et l’obligation d’être marié soulignent l’articulation étroite entre les liens conjugaux et les relations professionnelles au sein desquels se structurent les rapports sociaux de sexe.
En Polynésie française, le maintien de l’obligation de mariage associé à l’interdiction pour les deux conjoints d’exercer chacun un ministère pastoral a pour conséquence de placer les maris de femmes pasteures dans une position délicate. En Nouvelle-Zélande, où aucune de ces deux conditions n’est officiellement en vigueur, la diversification des situations conjugales permet d’envisager de nouvelles modalités d’exercice du ministère pastoral.
Le livre. Les transformations des formes conjugales et familiales (couples mixtes, familles recomposées, adoptives, monoparentales, homoparentales) et les avancées scientifiques en matière de procréation interrogent les modèles normatifs, juridiques, religieux ou politiques ainsi que les représentations sociales, les pratiques religieuses et le fonctionnement des institutions.
A travers leurs travaux au croisement du religieux, du genre, de la sexualité et de la famille, des chercheurs en sciences sociales et humaines montrent comment les individus, les institutions religieuses et les autres acteurs sociaux (politiques, juridiques, médicaux, médiatiques…) agissent et interagissent.
En dépit de l’évolution des idées, des pratiques et des techniques, la dissociation entre filiation et engendrement n’est pas encore complètement entrée dans les représentations sociales. En témoigne le statu quo sur lequel a débouché la révision des lois de bioéthique en 2011, notamment en maintenant l’anonymat des dons de gamètes, l’interdit du recours à la grossesse pour autrui et l’accès à assistance médicale à la procréation aux seuls couples hétérosexuels.
La référence récurrente à la « nature » dans le droit, dans les pratiques et les imaginaires collectifs, relève de la sacralisation des liens biologiques. A certains égards, la référence au biologique et le discours religieux puisent au même réservoir de sens. Cette dimension symbolique nous donne ici à penser.
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Ont également contribué à cet ouvrage collectif : Joëlle Allouche-Benayoun, Laurent Barry, Céline Béraud, Anne Cadoret, Nicoletta Diasio, Stephen Hunt, Aymon Kreil, Ruth Landau, Ruwen Ogien, Salvatore D’Onofrio, Philippe Portier, Amélie Puzenat, Irène Théry.

























